À quoi peut ressembler une telle situation ?
Exemple fictif : Camille, 41 ans, est professeure de sciences à Nantes. Un élève lui signale une vidéo publiée sur une plateforme de partage. On l'y voit tenir des propos insultants qu'elle n'a jamais prononcés. Son visage et sa voix proviennent d'une vidéo tournée lors des portes ouvertes du collège.
Camille fait des captures de la vidéo et du compte, copie le lien et note la date et l'heure. Elle signale la vidéo, porte plainte au commissariat et, comme son visage et sa voix sont utilisés sans son accord, saisit aussi la CNIL.
Que faire dans la première heure, le premier jour et la première semaine ?
L'ordre compte : si vous demandez le retrait avant de conserver les preuves, il ne vous restera peut-être rien pour une plainte.
| Quand | Ce que vous faites | Point d'attention |
|---|---|---|
| Première heure | Conserver liens et captures, lister chaque endroit où le contenu apparaît | Ne pas transférer, commenter ni répondre à l'auteur |
| Premier jour | Signaler sur chaque plateforme, saisir Pharos si le contenu est grave, envoyer la demande à Google | Garder les accusés de réception et numéros de dossier |
| Première semaine | Porter plainte, saisir la CNIL si vos données sont en jeu, suivre les réponses des plateformes | Contester une décision de refus |
| Ensuite | Refaire une recherche sur votre nom toutes les quelques semaines | Ajouter tout nouveau lien à la même liste |
Conseil: Si vous vous sentez en danger ou subissez un chantage, appelez le 112. Ce numéro gratuit fonctionne partout dans l'Union européenne et aussi en Suisse.
Comment conserver des preuves sans aggraver la situation ?
La CNIL recommande de conserver des preuves : captures d'écran des images truquées et liens. Notez précisément :
- l'adresse complète (URL) de chaque publication, compte ou chaîne
- des captures montrant le contenu, le nom du compte, la date et l'heure
- les messages qui vous ont alerté ou qui contiennent des menaces
- le moment où vous l'avez appris et par qui
Ne partagez pas le contenu, même pour prévenir vos proches : demandez-leur plutôt le lien. Pour tenir un dossier clair, voyez notre guide documenter un incident numérique.
Où signaler le contenu pour le faire disparaître ?
Auprès de la plateforme et de Pharos
Utilisez d'abord l'outil de signalement de la publication ou du compte. Selon la législation européenne sur les services numériques (DSA), les plateformes doivent répondre aux signalements et proposer des voies de contestation. Pour les contenus illicites graves, comme le harcèlement ou les menaces, la CNIL recommande aussi de signaler à Pharos.
Auprès de Google
Pour un faux contenu qui vous montre nu ou dans une situation sexuellement explicite, Google peut le retirer de ses résultats si vous êtes identifiable et si le contenu a été diffusé sans votre autorisation. Il reste toutefois sur le site d'origine : signalez-le aussi là-bas.
Recherche Google : demander le retrait d'un faux contenu sexuel
- Ouvrez l'article d'aide « Supprimer un contenu à caractère sexuel personnel de la recherche Google ».
- Cliquez sur « Lancer la demande de suppression ».
- Choisissez « Supprimer un faux contenu à caractère sexuel ou comportant de la nudité sur lequel vous apparaissez ».
- Indiquez les URL des pages et joignez des captures d'écran. Vous pouvez les modifier pour n'afficher que votre visage.
- Envoyez la demande. Si un résultat est retiré, Google vous en informe par e-mail.
Chemin indiqué par l’aide du fabricant ; il peut varier selon l’appareil et la version : support.google.com
Avec StopNCII
Pour une image intime, y compris générée par IA, StopNCII.org calcule sur votre appareil une empreinte numérique (hash). Seule cette empreinte est transmise aux plateformes partenaires pour repérer les copies ; l'image ne quitte pas votre appareil. Conditions : être la personne représentée, avoir été majeure sur l'image et détenir le fichier. Le service ne fonctionne que sur les plateformes publiques, pas dans les messageries chiffrées.
Que prévoit la loi en France et chez nos voisins francophones ?
La réponse dépend du pays et du contenu. Voici les interlocuteurs principaux (situation au 18 octobre 2026).
| Pays | Interlocuteurs | Voie juridique ou remarque | Urgence |
|---|---|---|---|
| France | Plateforme ; Pharos ; police nationale ou gendarmerie (plainte) ; CNIL si votre visage, votre voix ou votre nom sont utilisés sans accord | Article 226-8 du code pénal : un montage réalisé avec l'image d'une personne sans son consentement peut être puni d'un an d'emprisonnement et de 15 000 € d'amende ; les peines peuvent être plus lourdes, notamment pour un contenu à caractère sexuel | 112 |
| Belgique et Luxembourg | Outil de signalement de la plateforme ; coordinateur pour les services numériques de votre pays | Le DSA s'applique comme en France | 112 |
| Suisse romande | Police cantonale (plainte) | La Prévention suisse de la criminalité cite notamment les articles 197a et 179decies du code pénal ainsi que la protection de la personnalité (art. 28 du code civil) | 112 |
La Suisse n'est pas membre de l'UE : le DSA et le règlement européen sur l'IA ne s'y appliquent pas automatiquement. Ce tableau ne remplace pas un conseil juridique ; pour votre cas, adressez-vous à une association d'aide aux victimes ou à un avocat.
Que change l'interdiction européenne à partir du 2 décembre 2026 ?
À partir du 2 décembre 2026, l'UE interdit les systèmes d'IA qui génèrent, sans consentement, des images, vidéos ou sons réalistes montrant une personne identifiable nue ou lors d'actes sexuels. Cette interdiction a été ajoutée au règlement sur l'IA par le règlement (UE) 2026/1744 du 8 juillet 2026. Elle encadre l'offre et l'utilisation de ces outils. Une image déjà en ligne ne disparaît pas pour autant.
Les règles de transparence du règlement sur l'IA s'appliquent depuis le 2 août 2026 ; certains fournisseurs dont les systèmes étaient déjà sur le marché ont jusqu'au 2 décembre 2026 pour marquer les contenus générés par IA. Ce que les mentions et filigranes indiquent, et leurs limites, est expliqué dans comprendre l'étiquetage de l'IA.
Que faire en cas de menace ou de demande d'argent ?
Parfois, l'hypertrucage s'accompagne d'une exigence : de l'argent, de vraies photos ou un rendez-vous, sinon le contenu serait diffusé. N'entrez pas dans l'échange et n'envoyez rien. Conservez les messages avec expéditeur et heure, puis portez plainte. Bloquez la personne seulement après avoir tout sauvegardé.
Pensez aussi à vous et parlez-en à une personne de confiance. Plus tard, vérifiez calmement quelles photos de vous sont publiques : votre profil vu par un inconnu.
Erreurs fréquentes
- Transférer le contenu à des proches pour les prévenir. Vous le diffusez ainsi vous-même.
- Demander le retrait avant d'avoir conservé les preuves.
- Garder seulement l'image, sans l'adresse, le nom du compte et la date.
- Croire que la demande à Google efface le contenu d'Internet.
- Céder au chantage ou interpeller publiquement l'auteur.
Liste de vérification
Les cases servent uniquement de repères personnels. Aucune saisie ne nous est transmise. Pour conserver la page, il suffit de l’imprimer ou de l’enregistrer au format PDF depuis le menu du navigateur.
Questions fréquentes
Un deepfake de moi est-il un délit ?
C'est possible. L'article 226-8 du code pénal punit le montage réalisé avec l'image d'une personne sans son consentement, plus sévèrement dans certains cas, notamment pour un contenu sexuel. La qualification dépend des faits. Vous pouvez porter plainte auprès de la police ou de la gendarmerie ; pour votre cas précis, consultez un avocat ou une association d'aide aux victimes.
Faut-il porter plainte ou saisir la CNIL ?
Les deux démarches sont complémentaires. La plainte pénale vise l'auteur et peut ouvrir une enquête. La CNIL intervient lorsque vos données personnelles, comme votre visage, votre voix ou votre nom, sont utilisées sans votre accord. Elle ne remplace pas la plainte, ne peut pas obtenir pour vous des dommages et intérêts et ne sanctionne pas pénalement l'auteur.
Google supprime-t-il le contenu d'Internet ?
Non. Google ne peut retirer un contenu que de ses pages de résultats. La page reste accessible par un lien direct ou d'autres moteurs de recherche : signalez-la donc aussi à la plateforme ou au responsable du site. La demande reste utile, car une recherche sur votre nom fera moins souvent apparaître le contenu.
Puis-je utiliser StopNCII sans posséder l'image ?
Non. StopNCII a besoin du fichier sur votre appareil pour calculer l'empreinte, et vous devez être la personne représentée. Personne ne peut soumettre une empreinte à votre place. Sans le fichier, il vous reste le signalement à la plateforme, la demande à Google avec liens et captures, et la plainte.
Sources et informations complémentaires
Sources primaires d’autorités publiques, d’organismes de protection des consommateurs et de fournisseurs. Certaines sont dans une autre langue ; retenez les indications adaptées à votre service et à votre lieu de résidence.
- CNIL : Hypertrucage (deepfake), comment se protéger et signaler les contenus illicitesSources consultées le:
- Commission européenne : La législation sur les services numériquesSources consultées le:
- AI Act Service Desk (Commission européenne) : calendrier du règlement sur l'IA (en anglais)Sources consultées le:
- EUR-Lex : règlement (UE) 2026/1744 du 8 juillet 2026 modifiant le règlement sur l'IASources consultées le:
- StopNCII.org : questions fréquentes (en anglais)Sources consultées le:
- Commission européenne : 112, le numéro d'appel d'urgence de l'UESources consultées le:
- Prévention suisse de la criminalité : Deepfakes (PDF, en allemand)Sources consultées le:



