Maison connectée et objets connectés

Caméra ou sonnette vidéo chez soi : ce que vous pouvez filmer

Une caméra au-dessus de la porte ou une sonnette vidéo rassure beaucoup de foyers. Juridiquement, tout dépend de ce qu'elle voit : tant qu'elle ne filme que votre propriété, vous avez une grande marge. Dès que la rue, le trottoir ou le jardin du voisin entrent dans le champ, les règles deviennent nettement plus strictes.

eu. infopoint · Créé avec l’aide de l’IA · Sources vérifiées le

Petite caméra sans logo fixée au mur d'une maison, à côté de la porte d'entrée, vue depuis l'allée du jardin, sans personne aux alentours.
Image générée par IA ; elle ne représente ni un incident réel ni une véritable interface.
Pour qui
Toute personne qui prévoit ou utilise déjà une caméra ou une sonnette vidéo chez elle
Durée
30 à 60 minutes
Difficulté
moyen
Ce qu’il vous faut
Application de la caméra avec image en direct, limites de votre terrain
Concerne
FR, BE, LU (RGPD) ; Suisse romande (LPD)

L’essentiel d’abord

  • Orientez la caméra pour qu'elle ne montre que votre propriété : la rue, le trottoir et le terrain des voisins doivent rester hors champ.
  • Pour une sonnette vidéo : image seulement après un appui sur le bouton, angle étroit, pas d'enregistrement continu.
  • Coupez le son, effacez vite les images et ne publiez rien.

Que pouvez-vous filmer autour de votre maison ?

La CNIL est claire : un particulier peut filmer l'intérieur de sa propriété, c'est-à-dire sa maison, son appartement, son jardin ou son chemin d'accès privé. Il ne peut pas filmer la voie publique, même pour surveiller sa voiture garée devant chez lui. Il est aussi interdit de surveiller ainsi ses voisins, par exemple leur jardin ou leur piscine. Les caméras doivent respecter la vie privée des voisins, des visiteurs et des passants.

Le règlement général sur la protection des données (RGPD) ne s'applique pas aux activités strictement personnelles ou domestiques. Mais la Cour de justice de l'Union européenne a jugé le 11 décembre 2014 (affaire C-212/13, Ryneš, rendue sous la directive qui a précédé le RGPD) qu'une caméra installée sur une maison familiale qui surveille aussi l'espace public ne relève plus de ces activités. Les obligations du RGPD s'appliquent alors : intérêt légitime, conservation courte, information des personnes filmées.

La Belgique et le Luxembourg appliquent le même RGPD. En Suisse, Romandie comprise, c'est la loi fédérale sur la protection des données (LPD) qui s'applique, et non le RGPD. Le Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence (PFPDT, en allemand EDÖB) rappelle que la zone filmée doit se limiter à votre bien-fonds : assurer la sécurité et l'ordre publics n'incombe pas aux particuliers, mais à la police. Aucune autorisation n'est nécessaire pour une caméra sur votre propre terrain.

Et pour une sonnette ou un judas vidéo ?

Une sonnette avec caméra vise l'entrée, souvent aussi le trottoir. La page de la CNIL sur les caméras chez soi ne traite pas des sonnettes, mais les autorités voisines donnent des repères concordants. En Allemagne, la conférence des autorités de protection des données (DSK) juge une sonnette vidéo sans problème si l'image n'est transmise qu'après un appui sur le bouton, sans stockage durable, avec un angle pas plus large qu'un judas, et si la transmission s'arrête seule après quelques secondes.

Beaucoup d'appareils vont plus loin : détection de mouvement, vue en direct depuis l'application, enregistrement avant même la sonnerie. Si une telle sonnette filme l'espace public, elle ne remplit en général pas les exigences légales, selon la DSK. En Suisse, le PFPDT considère qu'une caméra d'interphone qui ne s'allume qu'à l'appui sur le bouton et dont l'angle est relativement petit ne surveille pas l'espace public. L'autorité espagnole (AEPD) exclut du droit de la protection des données un portier vidéo qui sert seulement à voir qui sonne et à ouvrir.

Sonnette vidéo : quelles fonctions posent problème (d'après la DSK, l'autorité autrichienne et le PFPDT)
FonctionEn général acceptableEn général problématique
DéclenchementImage seulement quand quelqu'un sonneDétection de mouvement déclenchée par les passants
AngleComparable à un judas, orienté vers la porteGrand angle jusqu'à la rue ou l'entrée voisine
StockagePas de stockage durablePréenregistrement avant la sonnerie ou enregistrement continu
Vue en directS'arrête seule après un court instantAccessible à tout moment dans l'application

À quoi cela ressemble-t-il au quotidien ?

Exemple fictif : Léa habite une maison mitoyenne à Villeurbanne, près de Lyon. Elle installe une sonnette vidéo. Sur la première image en direct, elle voit sa porte, mais aussi la moitié du trottoir et le perron de son voisin. La détection de mouvement envoie une alerte à chaque passant, et de courtes vidéos s'accumulent dans l'application.

Léa change trois choses. Elle désactive la détection de mouvement : la sonnette ne réagit plus que lorsqu'on sonne. Elle la fixe un peu plus bas et l'oriente vers sa porte, jusqu'à ce que le trottoir et le perron voisin sortent du champ. Elle choisit enfin la durée de conservation la plus courte proposée. Puis elle montre l'image à son voisin. En cas de doute sur sa situation, elle peut interroger la CNIL.

Comment régler caméra et sonnette avec un minimum de données ?

Les intitulés des menus varient selon les fabricants. Ces points valent pour presque tous les appareils :

  1. Vérifier l'angle : regardez l'image en direct en longeant la limite de votre terrain. Ce qui se trouve au-delà ne doit pas apparaître. Le PFPDT cite aussi une barrière physique pour limiter l'angle de la caméra.
  2. Masquer des zones : beaucoup d'applications permettent de cacher une partie de l'image. L'autorité autrichienne (DSB) suggère le masquage ou la pixellisation numérique, un cache physique ou des horaires de fonctionnement limités.
  3. Couper le son : selon la DSK, la fonction audio d'une caméra de surveillance doit être désactivée de manière irréversible.
  4. Conserver peu de temps : la page de la CNIL ne fixe pas de durée pour un particulier. En Allemagne et en Autriche, 72 heures servent de repère ; en Suisse, le PFPDT indique en règle générale 24 heures. Sans incident, effacez les images sans les regarder.
  5. Limiter l'accès : selon la CNIL, les images peuvent être vues par les personnes que vous autorisez ; le PFPDT demande que leur nombre reste aussi restreint que possible.
  6. Ne rien publier : les vidéos de livreurs, de passants ou de voisins n'ont pas leur place sur les réseaux sociaux ni dans les groupes de discussion. Le PFPDT exige le consentement préalable des personnes visibles. Les images d'une infraction vont à la police.

Conseil: Après l'installation, gardez une capture datée de l'image en direct. Elle montre ce que filme la caméra et vous aide à voir si elle a bougé.

Une caméra connectée est aussi un appareil de votre réseau domestique : le guide Vérifier votre Wi-Fi à la maison vous aide à le contrôler. Pour comprendre comment les objets connectés communiquent, lisez Débuter dans la maison connectée.

Devez-vous informer les personnes filmées ?

Oui, dès que des personnes extérieures au cercle familial ou amical interviennent chez vous. La CNIL cite l'aide-soignant ou la nounou : ils doivent être informés de l'existence des caméras et de leur finalité. Cette information peut prendre la forme d'un affichage à l'entrée de la zone filmée ou d'une mention dans le contrat de travail. Les caméras ne doivent pas non plus filmer en permanence un salarié pendant son travail.

Un panneau ne rend pas licite une caméra mal orientée, et passer devant ne vaut pas consentement, précise la DSK allemande. Une fausse caméra ne traite aucune donnée, mais selon la DSK elle peut créer une pression de surveillance et exposer à des actions civiles si elle sert à influencer le comportement d'autrui.

Quelles règles en France et dans les pays voisins ?

Les repères ci-dessous reprennent ce que publient les autorités en octobre 2026.

Caméras et sonnettes vidéo chez soi : panorama par pays
PaysAutoritéPoints clés
FranceCNILFilmer seulement l'intérieur de sa propriété ; ni la rue ni les voisins ; informer aide-soignant ou nounou
AllemagneAutorité de protection des données du LandLa surveillance s'arrête à la limite du terrain ; conservation en règle générale jusqu'à 72 heures
AutricheDatenschutzbehörde (DSB)Trottoir au maximum 50 cm si la façade ou la clôture ne peut être protégée autrement ; repère de 72 heures
SuissePFPDT ; tribunal civil en cas de litigeLPD au lieu du RGPD ; seulement son terrain ; conservation en règle générale 24 heures
ItalieGarante per la protezione dei dati personaliSeulement les espaces à usage exclusif ; ni parties communes, ni voisins, ni lieux de passage public
EspagneAEPDVoie publique seulement si indispensable ; conservation limitée à un mois ; panneau visible aux accès

Que faire si la caméra du voisin vous filme ?

  1. En parler d'abord : beaucoup de caméras sont simplement mal orientées. Demandez calmement à votre voisin de modifier l'angle ou l'emplacement.
  2. Saisir la CNIL : pour un dispositif non conforme, la CNIL indique que vous pouvez saisir son service des plaintes.
  3. Police ou justice : vous pouvez aussi vous adresser à la police, à la gendarmerie ou à la police municipale, au procureur de la République ou au tribunal civil. La CNIL renvoie à l'article 226-1 du code pénal, qui vise l'enregistrement de l'image d'une personne à son insu dans un lieu privé.
  4. En Suisse romande : selon le PFPDT, vous pouvez demander par écrit s'il existe des images vous concernant, dans quel but la caméra a été installée, combien de temps les images sont conservées et qui y a accès (art. 25 LPD). À défaut d'accord, une action civile (art. 28 CC) commence par une conciliation ; depuis le 1er septembre 2023, aucun frais de justice n'est prélevé pour ces litiges, mais cela ne vaut pas pour les éventuels frais d'avocat. La police n'intervient que si la vidéosurveillance est sonorisée ou touche le domaine secret ou intime.

Si le conflit s'enlise, un conseil juridique personnalisé est utile. Et si c'est vous qui photographiez des invités ou des voisins, le guide Partager une photo de groupe vous aide à demander leur accord avant de publier.

Erreurs fréquentes

  • Estimer l'angle au moment du montage au lieu de vérifier l'image en direct jusqu'aux bords.
  • Laisser la détection de mouvement de la sonnette activée alors qu'elle capte tout le trottoir.
  • Croire qu'un panneau rend n'importe quelle caméra légale.
  • Partager la vidéo d'un livreur ou d'un passant dans le groupe du quartier.
  • Oublier que le micro est actif parce que le réglage n'a jamais été vérifié.

Liste de vérification

Les cases servent uniquement de repères personnels. Aucune saisie ne nous est transmise. Pour conserver la page, il suffit de l’imprimer ou de l’enregistrer au format PDF depuis le menu du navigateur.

Questions fréquentes

Ai-je le droit de filmer mon jardin et mon allée ?

Oui. La CNIL cite expressément la maison, le jardin et le chemin d'accès privé parmi les espaces qu'un particulier peut filmer. La rue, le trottoir et la propriété des voisins doivent en revanche rester hors champ, même pour surveiller une voiture garée devant chez vous. Si une nounou ou un aide-soignant travaille chez vous, informez-le de la présence des caméras et de leur but.

Une sonnette vidéo peut-elle filmer les passants ?

En général non, si elle capte l'espace public. Les autorités allemande, autrichienne et suisse décrivent une sonnette acceptable : elle s'active seulement quand quelqu'un sonne, a un angle étroit et s'éteint après un court instant. La détection de mouvement, le préenregistrement ou une vue en direct du trottoir disponible à tout moment ne remplissent en général pas ces conditions.

Combien de temps puis-je garder les images ?

Seulement le temps nécessaire. La CNIL ne fixe pas de durée pour un particulier. En Espagne, la durée de conservation est fixée à un mois au maximum. En Allemagne et en Autriche, 72 heures servent de repère, en Suisse en règle générale 24 heures. S'il ne s'est rien passé, effacez les images sans les visionner.

Que risque-t-on avec une caméra qui filme chez le voisin ?

Celui qui filme chez son voisin s'expose à des recours : selon la CNIL, la personne filmée peut saisir son service des plaintes, la police, la gendarmerie, le procureur ou le tribunal civil contre un dispositif non conforme. Elle renvoie à l'article 226-1 du code pénal sur l'enregistrement de l'image d'une personne à son insu dans un lieu privé. Pour un cas précis, consultez un juriste.

Sources et informations complémentaires

Sources primaires d’autorités publiques, d’organismes de protection des consommateurs et de fournisseurs. Certaines sont dans une autre langue ; retenez les indications adaptées à votre service et à votre lieu de résidence.

  1. CNIL : La vidéosurveillance – vidéoprotection chez soiSources consultées le:
  2. Cour de justice de l'UE : arrêt du 11 décembre 2014, C-212/13 (Ryneš)Sources consultées le:
  3. PFPDT : Vidéosurveillance effectuée par des particuliersSources consultées le:
  4. PFPDT : Vidéosurveillance de l'espace public effectuée par des particuliersSources consultées le:
  5. DSK : Guide sur la vidéosurveillance par des organismes non publics (en allemand)Sources consultées le:
  6. Autorité autrichienne de protection des données : FAQ photo et vidéo (en allemand)Sources consultées le:
  7. Garante italien de la protection des données : FAQ vidéosurveillance (en italien)Sources consultées le:
  8. AEPD : guide sur l'utilisation des caméras de vidéosurveillance (en espagnol)Sources consultées le: